Homey Pro : le hub qui a remplacé mon Home Assistant

Athom m'a envoyé son Homey Pro (et l'adaptateur Ethernet en option) pour ce test : configuration pas à pas, automatisations concrètes, et pourquoi j'ai fini par débrancher mon install Home Assistant.

Il y a un genre de dimanche après-midi que tous les gens qui font tourner leur propre Home Assistant connaissent bien. Une mise à jour a cassé une intégration, le petit script Python qui gérait les volets ne répond plus, et vous voilà à éplucher des logs au lieu de profiter de votre après-midi. Rien de dramatique, mais ça revient. Une carte SD qui commence à fatiguer, un dongle Zigbee qui perd des appareils après un redémarrage, une automatisation YAML qui fonctionnait très bien jusqu'à ce qu'une mise à jour change une clé de configuration sans prévenir. Sur la durée, c'est ce qui use, pas les pannes spectaculaires.

Athom, le fabricant néerlandais du Homey Pro, m'a envoyé une unité du modèle 2026 pour ce test, accompagnée de l'adaptateur Ethernet USB en option. Autant le dire tout de suite : le matériel ne m'a rien coûté, et ça mérite d'être précisé avant d'aller plus loin. Ce que je vous propose ici, c'est un vrai regard sur ce que fait cet appareil, comment on le configure, et ce qui change concrètement par rapport à une install Home Assistant.

Spoiler tout de suite sur l'essentiel : mon serveur Home Assistant est aujourd'hui débranché. Pas parce qu'il était mauvais, mais parce que le compromis proposé par le Homey Pro a fini par me convenir mieux. On va voir pourquoi, et dans quelles conditions ce choix a du sens pour vous aussi.

Le Homey Pro en deux mots

Avant de rentrer dans la configuration, un mot sur l'objet lui-même. Le Homey Pro se présente comme une sphère blanche d'environ 128 mm de diamètre et 40 mm d'épaisseur, avec un anneau lumineux RGB à la base qui sert à la fois d'indicateur d'état et de veilleuse d'ambiance, si l'idée vous amuse. Rien à voir avec le boîtier en tôle et les nappes de câbles qui traînent derrière un NAS ou un Raspberry Pi maison.

Sous cette coque se cache la vraie proposition du produit : huit protocoles domotiques dans le même boîtier. Zigbee, Z-Wave, Matter, Thread, Wi-Fi, Bluetooth Low Energy, RF 433 MHz et infrarouge. Sur une install Home Assistant classique, chacun de ces protocoles suppose en général un dongle ou une passerelle séparée, avec sa propre configuration et parfois des conflits d'antenne quand on empile plusieurs clés USB sur le même hub. Ici, tout est intégré et cohabite proprement. Le Wi-Fi 5 double bande est présent de série, et pour qui préfère une connexion filaire plus stable pour le cœur du réseau domotique, Athom propose (et m'a fourni pour ce test) un adaptateur Ethernet USB, qui s'installe en quelques secondes sans rien à configurer.

Le modèle 2026 embarque 4 Go de RAM, deux fois plus que la génération Early 2023, ce qui fait passer la limite d'applications installables simultanément à plus de 100. Le traitement des automatisations reste local, sans obligation de passer par le cloud d'Athom pour que les Flows s'exécutent. Le tout est vendu 399 €, sans abonnement obligatoire pour les fonctions de base. Le catalogue d'appareils compatibles annoncé dépasse les 50 000 références, réparties sur plus de 1 000 marques.

Déballage et configuration : ce que ça donne en pratique

La mise en route se fait entièrement depuis l'application mobile Homey, disponible sur iOS et Android, avec un appairage initial en Bluetooth suivi du choix du réseau (Wi-Fi ou Ethernet, grâce à l'adaptateur fourni).

Étape 1 : le compte et le premier allumage. On crée un compte Athom, on branche le boîtier, et l'application le détecte automatiquement via Bluetooth le temps qu'il rejoigne le réseau du domicile. Cette étape prend cinq minutes montre en main, largement le temps le plus rapide de toute la configuration.

Étape 2 : la localisation et les zones. L'application demande l'adresse (utile pour les automatisations basées sur la météo ou le lever/coucher du soleil) puis invite à découper le logement en zones : salon, chambre, cuisine, extérieur. Ce découpage sert de base à toute l'organisation des appareils par la suite, mieux vaut y passer un peu de temps dès le départ plutôt que de tout réorganiser après coup.

Étape 3 : l'installation des apps. Chaque marque ou protocole pris en charge passe par une « app » à installer depuis le Homey App Store, un peu comme des extensions. Une app pour Philips Hue, une pour Netatmo, une pour le protocole Zigbee générique, et ainsi de suite. C'est là que se joue une bonne partie de la richesse de l'écosystème.

Étape 4 : l'appairage des appareils. Selon le protocole, la procédure change un peu, mais reste globalement guidée. Pour le Zigbee et le Z-Wave, l'appli lance une recherche et il suffit de mettre l'appareil en mode appairage (souvent un appui long sur un bouton physique). Pour l'infrarouge, le Homey Pro peut apprendre les codes d'une télécommande existante en les pointant simplement vers le boîtier. Pour le Wi-Fi et Matter, ça passe le plus souvent par un QR code ou une recherche automatique sur le réseau local.

Étape 5 : le premier Flow. Une fois quelques appareils importés, l'application propose de créer sa première automatisation via l'éditeur de Flow. On y reviendra en détail plus bas, mais c'est là que l'ergonomie du produit se ressent vraiment : glisser-déposer des cartes « Lorsque / Et / Alors », sans une ligne de YAML à écrire.

Comptez une bonne soirée pour un logement de taille moyenne avec une vingtaine d'appareils déjà en place, en partant d'une install existante à démonter en parallèle. Rien d'instantané, mais sans commune mesure avec le temps qu'aurait pris le même travail en configurant un nouveau hub Zigbee2MQTT ou une intégration custom sous Home Assistant.

Home Assistant contre Homey Pro : pourquoi j'ai basculé

Il faut être honnête, Home Assistant reste sur le papier l'option la plus ouverte du marché. Ce n'est pas un problème de fonctionnalités qui m'a fait changer, mais un problème de charge mentale. Passer du temps à configurer sa domotique, très bien, c'est même plutôt le principe. Passer du temps à la maintenir en état de marche après chaque mise à jour, beaucoup moins.

CritèreHome Assistant (auto-hébergé)Homey Pro
Coût de départVariable (Raspberry Pi + dongles + boîtiers), souvent 100 à 200 €399 € tout compris, adaptateur Ethernet en option
MaintenanceMises à jour, sauvegardes, supervision à gérer soi-mêmeMises à jour gérées par Athom, sauvegarde cloud automatique
Ouverture / personnalisationQuasi illimitée via HACS et les scripts customLarge, via l'App Store et HomeyScript
Support multiprotocoleDongles séparés à acheter et faire cohabiterZigbee, Z-Wave, Matter, Thread, RF, IR intégrés
Courbe d'apprentissageRaide au départ (YAML, intégrations, réseau)Douce pour l'essentiel, plus technique pour HomeyScript
Traitement des automatisationsLocalLocal, avec compte Athom pour la config et les sauvegardes

Ce tableau résume assez bien l'arbitrage. Home Assistant garde une ouverture totale pour qui aime bricoler. Le Homey Pro mise sur la tranquillité d'esprit et le multiprotocole prêt à l'emploi. Dans mon cas, après plusieurs années à jouer les administrateurs système du dimanche pour mon propre logement, c'est ce deuxième point qui a fait pencher la balance.

Un point pratique si vous envisagez le même changement : il n'existe pas d'outil d'import automatique depuis Home Assistant, la bascule se fait appareil par appareil et automatisation par automatisation dans l'éditeur de Flow. Prévoyez un vrai créneau plutôt qu'une soirée pressée, c'est aussi l'occasion de remettre à plat des automatisations parfois bricolées au fil des années.

Les automatisations qui tournent chez moi

Le cœur du Homey Pro, ce sont les Flows : une logique visuelle du type « Quand ceci se produit, et que cela est vrai, alors fais ça », avec la possibilité d'enchaîner plusieurs conditions et plusieurs actions. Voici quelques exemples concrets de ce que ça donne une fois en place.

Réveil progressif : quand l'alarme du téléphone se déclenche un jour de semaine, les volets de la chambre remontent de 20 % et l'éclairage passe d'un blanc chaud très tamisé à une intensité normale sur dix minutes, pour un réveil moins brutal qu'une sonnerie sèche dans le noir.

Simulation de présence : quand tout le monde a quitté le logement (détecté via la géolocalisation des téléphones dans l'app) et que la nuit tombe, certaines lumières s'allument et s'éteignent selon un schéma aléatoire les jours où personne n'est censé rentrer, avec une marge d'imprévisibilité pour ne pas ressembler à une minuterie.

Chauffage piloté par la météo et la présence : la température de consigne baisse automatiquement d'un degré dès que la dernière personne quitte le logement, et remonte trente minutes avant le retour prévu, en croisant la position GPS avec le temps de trajet estimé.

Scénario « je pars » : un seul bouton dans l'app (ou une commande vocale via l'intégration Google Home) coupe les prises non essentielles, baisse le chauffage, ferme les volets si c'est l'été, et arme la simulation de présence si le mode absence prolongée est activé.

Alerte fuite d'eau : un détecteur Zigbee sous l'évier de la cuisine déclenche une notification push immédiate et coupe l'alimentation de la prise du lave-vaisselle si le Flow détecte de l'humidité en dehors des heures habituelles d'utilisation.

Pour aller plus loin que les cartes visuelles, HomeyScript permet d'écrire des automatisations en JavaScript directement dans l'application, avec accès à l'ensemble des appareils et de leurs états. C'est ce que j'utilise par exemple pour ajuster le chauffage selon les jours Tempo d'EDF, une logique un peu trop conditionnelle pour rester lisible avec de simples cartes « Et / Ou ». Quelques bases en JavaScript aident à en profiter pleinement.

Capture d'écran de homey.app

Quelques conseils pratiques pour bien démarrer

Vérifiez la fiche de l'app avant d'appairer un appareil précis. Le Homey App Store mélange des apps maintenues par Athom et d'autres par des développeurs communautaires, un peu comme les intégrations custom sous Home Assistant. Un coup d'œil rapide à la date de dernière mise à jour permet de partir sereinement.

Pensez à l'adaptateur Ethernet si votre Wi-Fi est chargé. Le boîtier fonctionne très bien en Wi-Fi 5 double bande de série, mais si le cœur de votre réseau domotique mérite une connexion filaire stable, l'adaptateur USB en option se branche en quelques secondes sans configuration supplémentaire.

Gardez le compte Athom à portée de main. Il sert à la configuration initiale et aux sauvegardes automatiques, bien pratique le jour où on change de boîtier ou qu'on veut restaurer une configuration.

Le verdict

Le Homey Pro ne remplace pas Home Assistant sur tous les plans, il propose un compromis différent : une prise en main plus rapide, beaucoup moins de charge de maintenance, et un multiprotocole qui évite l'empilement de dongles USB, le tout dans un boîtier soigné plutôt qu'un assemblage de composants. Pour qui a déjà passé des années à bricoler son install et cherche à alléger la charge sans repartir de zéro dans un système fermé façon Google ou Amazon, c'est une option sérieuse à considérer.

De mon côté, le serveur Home Assistant est resté débranché depuis la bascule. Et vous, où en êtes-vous avec votre install domotique ? Dites-moi en commentaires si vous avez déjà tenté l'expérience Homey, ou si un boîtier fermé vous fait plutôt fuir.