Pebble est de retour : la montre connectée qui refuse de faire trop
Ça fait combien de temps que vous n'avez pas passé une journée entière sans recharger votre montre connectée ? Si la réponse est "jamais", vous n'êtes pas seul. Entre l'écran AMOLED qui boit la batterie, les notifications qui arrivent par paquets de dix et le capteur cardiaque qui tourne en permanence, la montre connectée moderne est devenue un smartphone miniature qu'on porte au poignet. Pratique, sans doute. Reposant, pas vraiment.
C'est exactement le vide que Pebble vient combler, dix ans après sa disparition. La marque culte des montres e-paper, rachetée puis enterrée par Fitbit en 2016, a été relancée en 2026 par son fondateur d'origine, et les deux nouveaux modèles commencent tout juste à arriver chez les premiers acheteurs. L'occasion de se demander si ce retour en arrière a vraiment un sens en 2026, ou si c'est juste de la nostalgie bien marketée.
Le come-back que personne n'avait vu venir
Quand Google a mis fin au support des anciennes Pebble, il a fait un geste rare : libérer le code source de PebbleOS en open source. Eric Migicovsky, le fondateur historique de la marque, en a profité pour relancer l'aventure via sa nouvelle structure, Core Devices. Résultat : deux montres annoncées en janvier, la Pebble Round 2 et la Pebble Time 2, financées en précommande et livrées avec plusieurs mois de retard. Classique pour ce genre de projet, mais ça vaut la peine de le savoir avant de sortir la carte bancaire.
Round 2 et Time 2 : deux montres, une philosophie
La Pebble Round 2, à 199 dollars, mise tout sur l'épure : un écran e-paper couleur de 1,3 pouce qui occupe toute la face, un boîtier en acier inoxydable de seulement 8,1 mm d'épaisseur, et quatre boutons physiques à la place du tout-tactile. La Time 2, à 225 dollars, garde la forme rectangulaire historique de la marque et vise un public un peu plus sportif. Dans les deux cas, on retrouve la même recette : PebbleOS open source, compatibilité Android et iOS, deux micros pour la dictée et les réponses rapides, étanchéité à 30 mètres. Rien à voir avec la course aux capteurs des Apple Watch et Galaxy Watch récentes, et c'est précisément le point.
Ce que l'écran e-paper change vraiment au quotidien
On associe souvent l'e-paper aux liseuses, mais sur une montre, ses qualités prennent une autre dimension au quotidien.
La lisibilité en plein soleil : contrairement à un écran AMOLED qui s'écrase sous la lumière directe, l'e-paper reste net dehors, été comme hiver, sans qu'on ait besoin de monter la luminosité à fond pour simplement lire l'heure.
Le confort visuel : pas de rétroéclairage permanent qui sollicite l'œil, un affichage statique qui ne scintille pas. Pour une montre qu'on regarde des dizaines de fois par jour, la différence se sent sur la durée.
L'absence de rafraîchissement constant : l'écran ne se met à jour que quand c'est nécessaire, ce qui explique directement le point suivant, l'autonomie.
Deux semaines d'autonomie, vraiment ?
Core Devices annonce environ deux semaines d'autonomie pour les deux modèles. Sur le papier, c'est le genre de promesse qui mérite d'être prise avec des pincettes, les fabricants ayant une fâcheuse tendance à communiquer sur des conditions d'usage optimistes. Mais même en tablant sur une marge d'erreur confortable, on reste largement au-dessus des deux ou trois jours qu'offre une Apple Watch ou une Galaxy Watch classique. C'est la vraie promesse de vente de Pebble : une montre qu'on recharge le week-end, pas tous les soirs sur la table de nuit.
| Modèle | Prix | Écran | Autonomie annoncée | Capteur cardiaque | OS |
|---|---|---|---|---|---|
| Pebble Round 2 | 199 $ | E-paper couleur 1,3" | ~2 semaines | Non | PebbleOS (ouvert) |
| Pebble Time 2 | 225 $ | E-paper couleur rectangulaire | ~2 semaines | Oui | PebbleOS (ouvert) |
| Apple Watch SE | ~269 € | OLED | 1 à 2 jours | Oui | watchOS (fermé) |
| Garmin Venu (entrée de gamme) | ~250 € | AMOLED | Jusqu'à 7 jours | Oui | Garmin OS (fermé) |
Les pièges qu'on ne vous dit pas
Le premier, et le plus évident, c'est le délai. Les deux montres ont été annoncées en janvier pour une livraison promise au printemps, repoussée vers l'été puis l'automne. Si vous commandez aujourd'hui, ne comptez pas dessus pour un cadeau de dernière minute.
Le deuxième, plus structurel : la Round 2 n'a pas de capteur cardiaque. C'est un choix délibéré de Core Devices pour garder un format fin et une autonomie élevée, mais ça exclut d'office tous ceux qui veulent suivre leur fréquence cardiaque au quotidien, même en usage léger. Si le suivi santé est votre priorité, c'est la Time 2 qu'il faut regarder, pas la Round 2.
Le troisième piège est moins visible mais tout aussi réel : PebbleOS, même relancé et open source, repart quasiment de zéro côté écosystème d'applications. Les développeurs tiers reviennent progressivement, mais on est loin de la richesse d'un App Store Apple Watch ou Wear OS. Si vous comptez sur des dizaines d'applications tierces, la déception est garantie.
Pour qui ça a du sens
Cette montre vise un profil précis : quelqu'un qui veut l'heure, les notifications essentielles et une boussole, sans tout le reste. Les parents qui en ont assez de courir après un chargeur, les gens que les smartwatches actuelles rendent anxieux à force de vibrer toutes les cinq minutes, les nostalgiques de l'originale. À l'inverse, si vous faites du sport sérieusement ou voulez payer sans contact au poignet, les deux Pebble ne sont pas pour vous, pas encore.
Le verdict de Léa : j'achète l'idée bien plus que je n'achète la montre aujourd'hui. Le concept d'une smartwatch qui fait moins pour durer plus longtemps est le bon contrepoint à une industrie obsédée par les capteurs, mais entre les retards de livraison et l'écosystème logiciel encore balbutiant, je conseillerais d'attendre une deuxième vague d'avis d'utilisateurs avant de sortir sa carte bancaire. Vous avez une Pebble d'origine qui prend la poussière dans un tiroir, ou vous avez déjà reçu la vôtre ? Dites-moi en commentaire ce que ça vaut en vrai.